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Stratégies de médiation dans la
transposition didactique
«
Sans médiation, l’apprentissage de l’enfant est acquisition et non
pas appropriation. » (Michel Delevay)
Enseigner
ne se résume pas a la transmission d’un savoir ou des connaissances,
mais aussi c'est
montrer comment, c'est-a-dire le savoir-faire et,
meme plus, c'est apprendre a etre, a devenir. L’enseignant est
un « etre en relation ». Prise en compte par les pédagogies nouvelles,
la relation aux autres est une dimension qui donne des atouts pour
l’avenir, car introduire la médiation a l’école permet a l’apprenant
de s’inscrire dans ce monde en mouvement, de vivre le plaisir d’apprendre
tout au long de la vie. La médiation donne a l’enseignant la liberté
nécessaire pour mettre en oeuvre et développer chez les éleves:
- des attitudes actives (concentration, intériorisation, communication,
projection dans le temps)
- des compétences cognitives (classification,
organisation, plannification)
- des compétences sociales (intelligence
émotionnelle, chaleur humaine, empathie) qui favorisent les apprentissages,
la compréhension
et
la mise en relation.
La notion de médiation est présente dans le
Cadre européen commun de référence pour les langues. Etant abordée
dans un contexte de
traduction et d’interprétariat, elle se trouve pourtant limitée
a une activité de reformulation derriere laquelle s’effacent les
enjeux
de la communication interculturelle. A ce titre, le Conseil de
l’Europe a mis la promotion de la diversité linguistique et culturelle
au
coeur de son dispositif d’action en proposant la notion de médiation
culturelle comme modalité de mise en relation des langues et des
cultures dans la perspective d’une Europe dont l’identité est en
construction. Le projet „Médiation culturelle et didactique des
langues” initié par le Conseil de l’Europe a tenté de résoudre
plusieurs défis,
se donnant pour finalité de définir le rôle et la place de la médiation
culturelle dans le cadre de l’enseignement/apprentissage des langues.
Lamizet
B. [1] expliquait déja dans un livre paru en 1999 que la médiation
culturelle ne s’inscrit pas seulement dans des pratiques
et dans des oeuvres. Elle s’inscrit aussi dans des logiques politiques
et dans des logiques institutionnelles. A son avis, la médiaton
culturelle fonde, dans le passé, le présent et l’avenir, les langages
par lesquels
les gens peuvent penser leur vie sociale, peuvent imaginer leur
devenir, peuvent donner a leurs reves, a leurs désirs et a leurs
idées les
formes et les logiques de la création. Les formes de la culture
des autres constitue pour nous des objets de savoir que nous povons
penser,
comprendre et interpréter. Le développement de la médiation est
une réponse a la problématique du monde contemporain [2] qui se
caractérise
par universalité, globalité, caractere pluridisciplinaire, évolution
rapide des savoirs et des technologies, c’est pourquoi Lamizet
B. trouve que la médiation représente un impératif social majeur
parce
qu’elle fonde la dimension a la fois singuliere et collective de
notre appartenance et, au-dela, de notre citoyenneté.
Quant au
rôle du médiateur
interculturel, il peut etre assuré en
général par tous les enseignants, mais les professeurs de langues
étrangeres peuvent avoir un rôle a part dans la communication interculturelle
grâce a leurs compétences de médiation interlinguistique. [3] Inspirée
du courant de la psychologie cognitive, nous rencontrons maintenant
la médiation en pédagogie aussi ou elle met l'accent sur le rôle
de l'enseignant comparé a un passeur entre le savoir a enseigner
et les éleves. L’enseignant médiateur peut mettre en ouvre des
médiations des contenus, des situations d'apprentissages, des supports,
de l'évaluation…etc.
A l’avis
de Guy Avanzini[4], la médiation est un concept cohérent, lié a une
philosophie de la personne et
de l’éducation. Elle est
indispensable a l’activité d’apprentissage. Dans le registre de
l’éducation, ce concept désigne l’entreprise de celui qui aménage
et facilite
la mise en rapport de la culture avec un sujet qui a, jusqu’alors,
échoué a l’assimiler et a la situation duquel on cherche a remédier
(re-médier).
Selon Raynal
et Rieunier (1997), la médiation est un ensemble des aides ou des
supports qu’une personne peut offrir
a une autre personne
en vue de lui rendre plus accessible un savoir quelconque. Le
langage, l’affectivité, les produits culturels, les relations ou
les normes
sociales sont des médiations.
Vygotski et Bruner, outre le PEI
(Programme d’Enrichissement Instrumental) de Feuerstein, ont principalement
contribué a établir
la médiation
comme facteur décisif du développement cognitif de l’enfant.
Grâce aux intéractions sociales, l’enfant s’approprie les deux
fonctions
du langage: une fonction de communication et une fonction planificatrice,
structurante de la pensée et de l’action. En montrant les limites
de la médiation et la collaboration de l’adulte, Vygotski explique
qu’il ne sert a rien d’apprendre a l’enfant ce que son stade
actuel de développement ne lui permet pas d’apprendre. Pour
etre efficace,
l’intervention de l’adulte qui éduque (enseignants, parents
...etc) doit se situer dans la zone proximale de développement (ZPD)[5]
qui représente la disparité entre l’âge mental, ou niveau présent
de
développement, qui est déterminé a l’aide des problemes résolus
de maniere autonome, et le niveau qu’atteint l’enfant lorsqu’il
résout
des problemes non plus tout seul mais en collaboration. C’est
pourquoi, pour etre considéré comme un médiateur, l’enseignant
doit ainsi
intervenir de maniere a provoquer un conflit cognitif chez
l’apprenant.
Selon J.
Piaget (1969) [6], l’enseignant propose a l’enfant de surmonter
un obstacle épistémique dont il a finement évalué
la
possibilité
de franchissement, afin de provoquer un conflit cognitif, facteur
de la construction interne d’un savoir. Il est important que
les enseignants bénéficient d’une solide formation disciplinaire,
didactique,
pédagogique et dans le domaine du développement et de la psychologie
de l’enfant et de l’adolescent, car c’est grâce a ces connaissances
que l’enseignant peut déterminer les composantes de la médiation:
- les supports matériels de médiation (un livre, exercice, un
objet a réaliser, etc.)
- les supports immatériels (le débat, le
travail en groupe,
etc.) ;
- les outils de médiation (la verbalisation, l’écriture,
le dessin, la schématisation, la manipulation…)
- les
médiations cognitives sans lesquelles aucun apprentissage n’est
possible : la résolution d’un conflit cognitif,
le conflit sociocognitif,
la métacognition et la pédagogie de projet qui permet
a l’éleve de comprendre le sens de la construction
du savoir
a condition
que l’éleve
soit véritablement acteur de son projet.
Quant a la double acceptation
du terme médiation, Meirieu P. précise qu’elle est „a la fois ce
qui réunit et ce qui sépare,
ce qui associe
et ce qui permet de se dégager”. Son rôle essentiel consiste
a „relier, mais aussi a délier, en désignant a la fois ce qui,
dans
le rapport
pédagogique, relie le sujet au savoir et sépare le sujet de
la situation d’acquisition. Elle assure ainsi, contradictoirement
mais indissolublement,
la transmission du savoir et l’émancipation du sujet”.[7]
Dans un ouvrage encore plus récent, Annie Cardinet[8] formalise
ce que peut apporter la médiation en éducation, particulierement
en
pédagogie. Elle distingue entre médiation interpersonnelle
(visant la construction de solutions face a des conflits entre
personnes
ou groupes humains dans les domaines judiciaire, social, familial,
professionnel) et médiation intra-personnelle (visant le développement
de l’enfant en tant qu’individu, la transmission culturelle,
médiations utilisées en psychanalyse, psychologie, pédagogie).
Suite a des
recherches approfondies et grâce a son expérience due aux applications
des travaux
de Reuven Feurstein et de Yacov Rand a l’éducation, Annie Cardinet
identifie les grandes fonctions de la médiation: une fonction
communicative, une fonction éducative, une fonction de régulation
sociale, une
fonction de transmission de valeurs et une fonction de préparation
a l’avenir.
La
médiation documentaire est liée au métier des documentalistes
exerçant dans les CDI des établissements d'enseignement secondaire.
Ce métier associe a une fonction documentaire une fonction
enseignante. Le rôle du documentaliste est de créer les conditions
didactiques
de l'acquisition des savoirs par les éleves a travers l'outil
documentaire : apprendre a apprendre en travaillant sur des
documents. La définition
de cette didactique de la médiation qui est celle de l'enseignant-documentaliste
repose sur une étude des relations entre éleve, professeur
et savoir, entre professeur, savoir et document, et entre professeur
et documentaliste.
En aidant l’éleve a prendre conscience des opérations mentales[9]
qu’il effectue, l’enseignant joue ce rôle de facilitateur de
l’apprentissage. Cela suppose pour l’enseignant d’avoir acces
a la pensée de l’éleve
et implique une indispensable décentration de l’enseignant.
Cette idée qu’on rencontre chez P. Meirieu rejoint celle du
triangle
pédagogique de J. Houssaye: enseigner, former, apprendre. Il
paraît que seul
le processus « enseigner », typique des pédagogies traditionnelles
centrées sur le contenu, exclut la médiation. En revanche,
le processus « former » est le type de pédagogie qui institue
pleinement
le
professeur dans son rôle de médiateur. Le rôle de facilitateur
de l’enseignant
fait naître les meilleures idées au sein d’un groupe tout en
protégeant et meme en renforçant les relations de confiance
entre les membres
du groupe ainsi que leur capacité a travailler ensemble. La
facilitation promeut ainsi une meilleure aptitude a travailler
en équipe.
Le
concept d’« auto-médiation » avance l’idée que l’apprenant peut "devenir
son propre médiateur dans l’acces au savoir". En favorisant
les échanges et en appuyant ses médiations sur les interactions
constructives entre pairs, l’enseignant médiateur facilite
le franchissement des
obstacles cognitifs, car il tient compte des besoins éducatifs
de l’éleve et sait inscrire ses médiations dans le cadre social
de l’apprentissage
a l’école. Il prend en compte l’idée que la construction d’un
savoir n’est pas un acte exclusivement solitaire et que la
mise en communauté
des intelligences facilite la co-construction des savoirs.
L’enseignant médiateur est donc un professionnel de l’enseignement
capable de
traduire des difficultés et des potentialités d’apprentissage
en termes de besoins éducatifs d’ordre cognitif. L’enseignant
médiateur
a aussi un rôle régulateur car il assure la régulation permanente
de son action médiatrice afin de donner a chaque éleve l’occasion
d’apprendre et de progresser.
La
notion de transposition didactique est devenue d’usage courant en sciences
de l’éducation et
notamment dans les diverses didactiques
des disciplines. Emprunté au sociologue Verret (1975), le
concept de „transposition didactique” a été introduit en didactique
avec un large succes. La recherche didactique insiste sur
l'idée
que
pour etre enseignée, une discipline doit etre rendue enseignable,
accessible
a des apprenants. Processus formalisé, tant pour la conception
des programmes que pour la pratique de classe, par le concept
de transposition
didactique (TD). Il apparaît de plus en plus clairement que
ce qui s'enseigne n'est pas le décalque simplifié d'un savoir
savant,
mais
résulte d'une reconstruction spécifique pour l'école. C'est
cette reconstruction, avec ses étapes et ses processus, qu'on
nomme
habituellement „transposition didactique”, activité par laquelle
un savoir scientifique
est transformé de maniere a pouvoir etre enseigné a des apprenants
plus ou moins novices en la matiere.
La transposition didactique
engage alors a un travail d'historien, d'épistémologue et de sociologue
de la connaissance, car
il ne suffit pas d’avoir des connaissances sur un sujet
pour pouvoir
l’enseigner
correctement. La réussite de l’apprentissage dépend beaucoup
de la qualité de la relation enseignant/apprenant. A part
la transmission
du savoir, l’enseignant a également ce rôle de donner confiance,
conseiller, orienter, encourager, sécuriser l’éleve pour
que passe la communication et s’établisse la relation.
La personnalité
de
l’enseignant
est donc un important facteur de succes et de mise en place
de
situations d'apprentissage de qualité. L’enseignant doit
pouvoir développer
les compétences relationnelles adéquates. Confiance, sécurité,
empathie relationnelle… voila ce que nous cherchons dans
toutes nos relations!
Pour établir une relation d’autorité éducative, la tâche
de l’enseignant c’est d’exercer son influence pour permettre
aux
éleves d’etre
plus auteurs d’eux memes: plus autonomes, plus responsables,
plus créatifs,
plus motivés, plus efficaces. L’autorité ne s’exerce pas,
elle est reconnue par les autres.
[1] Lamizet, B. (1999), La médiation culturelle, l’Harmattan, Paris,
France
[2] Concept introduit par Aurelio Peccei, l’ancien président du „Club
de Rome” (cf. Rassekh et Vãideanu, 1987)
[3] Cucoº, C. (2000), Educaþia. Dimensiuni culturale ºi interculturale,
ed. Polirom, p.134-136
[4] Professeur de sciences de l'éducation a Lyon. Dans la préface
du livre Ecole et médiations écrit par Annie Cardinnet, Editions
Eres, 2000.
[5] Cf.
Vygotski L.S. (1985), Pensée et langage, Messidor-Éditions sociales,
Paris
[6] Piaget J. (1969), Psychologie et pédagogie, Paris, Denoël-Gonthier
[7] Meirieu P. (1988), Apprendre… oui, mais comment, Paris, éditeur
ESF. Du meme auteur Le choix d’éduquer, éditeur ESF, 1991
[8] Cardinet Annie, Ecole et médiations, Editions Eres, 2000
[9] Cf. Meirieu P., Op. cit, 1991
© Virginia - Smarandita Braescu
Centrul de Training, Consultanta si Mediere
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